II. Réflexes statokinésiques

(page 19 de l'édition de 1924)

(Remerciements au docteur GOLOMER qui a fourni la traduction de ces pages)


     Les réflexes statiques présentés jusqu'ici sont de purs réflexes de posture. Les réflexes de posture durent aussi longtemps que la tête se trouve, dans l'espace ou par rapport au corps, dans la posture correspondante. Les réflexes de posture se réalisent également lorsque l'animal, immobile, se trouve dans une position de départ anormale à partir de laquelle il retrouve, grâce au réflexe de posture, sa position normale.
     Par contraste avec ce qui précède les réflexes statokinésiques sont déclenchés par le mouvement. Aussi longtemps que le labyrinthe joue le rôle de déclencheur, ce n'est pas le mouvement en tant que tel, mais la modification du mouvement qui intervient comme stimulant. Il y a donc soit des accélérations angulaires, soit des accélérations progressives (aussi bien positives que négatives), qui déclenchent les réflexes labyrinthiques statokinésiques.


A) Réactions de rotation
(page 20)

     Les réflexes labyrinthiques, déclenchés par des accélérations angulaires, sont si universellement connus, ont été si souvent étudiés en raison de leur importante signification clinique, qu'ils ne seront exposés ici que brièvement.


1) Réactions de rotation de la tête
     Si on place un animal en position normale sur un plateau tournant, sa colonne vertébrale parallèle au rayon du plateau, sa tête vers l'extérieur, lors d'une rotation vers le côté droit du corps de l'animal, sa tête tourne vers la gauche (réaction rotatoire de la tête). Lors de l'arrêt de la rotation survient un mouvement de la tête vers la droite (post-réaction rotatoire de la tête). Aussi bien pour la réaction rotatoire que pour la post-réaction on peut obtenir un nystagmus de la tête, dont la composante rapide est toujours opposée à la réaction rotatoire. En modifiant la position de l'animal et/ou la direction de la rotation, on peut obtenir des déviations rotatoires verticales de la tête avec nystagmus correspondant.


2) Réactions de rotation des yeux
     Si on exécute, avec un lapin, l'expérience ci-dessus décrite sur le plateau tournant, lors d'une rotation vers la droite ses deux yeux s'orientent vers la gauche, l'oeil gauche prend une direction temporale et l'oeil droit une direction nasale (réaction rotatoire oculaire), et le nystagmus rotatoire bat dans le sens contraire. Après arrêt de la rotation, l'oeil gauche tourne vers le nez, l'oeil droit dans la direction temporale (post-réaction rotatoire oculaire), et la composante rapide du post-nystagmus rotatoire oculaire bat en direction opposée. Les déviations rotatoires peuvent être verticales lorsqu'on maintient l'animal en décubitus latéral ou suspendu en le tournant avec la tête en haut ou en bas.
     Globalement s'appliquent les règles suivantes: si on tourne un animal selon un axe vertical dans l'espace, la déviation oculaire survient selon un plan horizontal, et dans la direction que les yeux tentent de conserver en fonction de leur position initiale par rapport à ce plan.
     Les réactions rotatoires de la tête et des yeux sont globalement compensatoires, c'est à dire qu'au début de la rotation, la tête et les yeux sont déplacés de telle manière que les images optiques sont maintenues si possible au même lieu. Il a déjà été rappelé que, par ces réactions rotatoires, les yeux étaient attirés dans les positions où, après, ils étaient maintenus par le réflexe statique (positions oculaires compensatoires).
     Il a également été indiqué que les positions oculaires compensatoires influent sur la direction des réactions rotatoires oculaires, et de même, lorsque la position des globes oculaires est modifiée dans les orbites par les postures oculaires compensatoires, la direction des réactions rotatoires peut également être influencée par cela.


3) Réactions de rotation sur les extrémités et le tronc
     En-dehors de ces réactions rotatoires de la tête et des yeux, il y en a également sur la musculature corporelle. Que de telles influences existent cela ressort d'innombrables expériences cliniques. Par exemple la direction d'un mouvement arbitraire est influencée par une rotation préalable, lors d'une "tentative de démonstration". Cependant les conditions de cette expérience sont quelque peu embrouillées et pour le moment ne se prêtent pas à une analyse simple. Ensuite Mach, de même que Bárány, Reich et Rothfeld, ont décrit les mouvements de réaction et les mouvements de chute chez les lapins après une rotation, très vraisemblablement il existe également une influence labyrinthique directe sur la musculature corporelle. Des observations directes de réactions rotatoires des extrémités et du tronc du singe ont été faites au cours desquelles il a été relevé qu'il s'agissait de réflexes directement provoqués par le labyrinthe. Que de tels réflexes existent aussi chez l'homme on le constate lorsqu'on conduit une automobile: à chaque virage accentué on observe des mouvements de réaction significatifs dans la région lombaire, indépendants des mouvements de la tête et des yeux et qu'on peut à peine réprimer volontairement.


B) Réactions à des mouvements progressifs

     Les réactions statokinésiques provoquées par les accélérations progressives des labyrinthes peuvent être mises en évidence:


Au niveau de la tête :
     On les observe le mieux sur le chien lors de mouvements verticaux, vers le haut ou le bas.


Au niveau des extrémités
     Nous ne parlerons ici que de deux de ces réactions:


     Toutes ces réactions aux mouvements progressifs échouent après extirpation des deux labyrinthes.
De faibles réactions progressives au niveau des yeux ont été décrites par Fleisch.


C) Réactions à des mouvements de parties uniques du corps

     Les réflexes statokinésiques décrits jusqu'ici sont déclenchés par des accélérations positives ou négatives de la tête, qui excitent les labyrinthes. Mais il existe de même d'autres réactions, attribuables à la statokinésie, provoquées par des mouvements d'autres parties du corps qui influencent ou maintiennent la position du corps. Elles ne sont pas induites par les labyrinthes, mais par les mouvements des parties du corps.
     Un exemple unique peut suffire pour expliquer de quoi il s'agit :
     Lorsqu'un chien se tient sur ses quatre pattes et que l'on pince les orteils d'une patte postérieure, celle-ci est rétractée par le réflexe de flexion instantané. L'animal alors ne se tient plus que sur trois pattes, et l'arrière-train, jusque là soutenu par les deux pattes postérieures, ne repose plus que sur une patte. Ceci est rendu possible par l'augmentation simultanée du tonus des muscles extenseurs de cette patte postérieure. C'est ainsi que s'associe au réflexe de flexion de la patte (disons gauche) le réflexe extenseur croisé sur la patte postérieure droite [Goltz et Freusberg, Gergens, Philippson, Sherrington].