Qu'est-ce que la POSTUROLOGIE?

Pierre-Marie GAGEY

     La Posturologie est une discipline médicale nouvelle qui étudie des maladies du système nerveux central à l'aide des catégories d'espace ET de TEMPS.

     A la fin du XIXe siècle, en effet, Jean-Marie CHARCOT, avec l'école française de la Salpêtrière, a proposé d'isoler les maladies du système nerveux central qui étaient causées par une lésion, c'est-à-dire qui rentraient dans une catégorie spatiale, anatomique. Cette proposition, féconde, a abouti à la fondation de la Neurologie.

     Mais les premiers neurologues eux-mêmes ont vécu l'effet dialectique de leur proposition: Ils ne savaient plus que dire des maladies du système nerveux central qui ne rentrent pas dans les catégories de la Neurologie car elles ne correspondent à aucune lésion. L'échec des travaux de BABINSKI sur le pithiatisme à la fin du XIXe est bien connu. Ses interrogations, avec FROMENT, sur les maladies fonctionnelles sont moins connues; elles sont restées sans réponse car des notions fondamentales de mathématiques leur faisaient défaut à cette époque.

     Au début du XXe siècle, les réflexions de POINCARÉ sur les équations différentielles récalcitrantes ont ouvert la voie à la topologie, outil de base de l'analyse dynamique non-linéaire, qui ne s'est dévellopée véritablement qu'à la fin du XXe siècle, grâce aux mathématiciens russes et aux calculateurs. Ce type d'analyse permet aux médecins d'introduire la catégorie de TEMPS dans leur approche du système nerveux central, car ce système contrôle de nombreuses fonctions, comme la fonction posturale, par des boucles en rétroaction au cours desquelles ce qui se passe à l'instant t dépend de ce qui s'est passé à l'instant t-1. Or les fonctions mathématiques qui expriment cette logique de série temporelle enchaînée (comme l'équation «logistique» par exemple) ne sont pas linéaires, il n'y a pas proportionnalité entre l'effet et les causes: une variation minime d'un facteur peut entraîner l'apparition de conséquences très importantes, alors qu'une variation importante n'aura pas nécessairement de conséquences majeures, ce qu'on appelle «l'effet papillon» depuis LORENTZ.

     Jean-Bernard BARON est le premier médecin, à notre connaissance, qui ait observé cet «effet papillon» au cours de ses expériences (1955) sur la régulation de l'activité tonique posturale. A la suite et dans la ligne de ces travaux de nombreux médecins d'Europe méridionale se sont mis à étudier des maladies du système nerveux central dont la structure logique repose non sur une lésion anatomique mais sur la logique chaotique des séries temporelles enchaînées; ces études - particulièrement vigoureuses dans le domaine du contrôle postural - constituent la Posturologie.

     Les concepts fondamentaux de la Posturologie étant essentiellement latins, cette discipline a encore de la peine à se développer en dehors de l'Europe méridionale.