Michel ONFRAY

 

Dans son traité d'a-théologie, Michel Onfray  s'énerve  à propos de toutes les coneries qui ont pu être dites et/ou commises au nom de Dieu dans le cours de l'Histoire. Comment ne pas être d'accord avec lui!... Surtout lorsqu'on relit toutes ces vignettes exemplaires dont il remplit des pages et des pages de son opuscule. Et il enchaîne sur la multiplicité des images de Dieu qui ont peuplé et peuplent encore l'Histoire de l'Humanité. Là encore, c'est l'évidence incontournable qui faisait dire à Einstein: "Dieu?... De quoi parlez-vous ?...".  Refuser énergiquement toutes représentations de Dieu que je peux construire, voilà de la saine théologie, un terrain où nous retrouvons dans la même affirmation Saint Jean l’évangéliste et Voltaire, «Dieu, personne ne l’a jamais vu» ou «Dieu a créé l’homme à son image et l’homme lui a bien rendu!»

Pourquoi donc les hommes ont tant de difficultés à accepter de vivre sans se faire leur petite image de Dieu? Des images davantage nourries de la rumination inconsciente des événements de leur histoire, que d’une réflexion historiquement argumentée. Et précisément cet aspect irrationnel et inconscient de nos représentations de Dieu, fussent-elles négatives, draîne avec lui toutes les violences de notre psyché. Michel le rappelle, et il a raison. Non seulement il nous le rappelle, nous seulement il a raison, mais encore il nous en donne un bel exemple. Quelle magnifique révolte... son livre! Elle lui donne tout son éclat et toute sa beauté…

Comme les tableaux de Picasso dans les derniers temps de sa vie, lorsque sa main, pleinement libérée, parvenait enfin à laisser éclater la violence qui l'habitait; traits noirs, secs, gras, brutalement interrompus, sans rythme, sans cohérence... surtout pas! Couleurs crachées des tubes comme chez les fauves. On est dans l'émotionnel pur! Le réel n'y est convoqué que pour être déformé au secours de l’expression de la révolte, comme chez Michel. Cette transformation de la réalité, au mépris de la plus élémentaire attention à ce qui est de fait, participe au genre littéraire de la révolte, il ne faut surtout pas y voir une malhonnêteté intellectuelle. Qui songerait à accuser Picasso de malhonnêteté parce qu’il a dessiné des visages humains tout de travers? Et la révolte souffle aussi à Michel de petites merveilles littéraires, comme ce "Jean-Paul II vocalisait ses glossolalies dans un micro et exhibait sa mitre effondrée sur un écran géant", par exemple. Qu’importe que cela n’ait pas beaucoup de fondements réels… Au moins en lisant les phantasmes de Michel on ne s'endort pas!

Mais finalement à quoi çà sert? Nommer l'Inconnu n'est que nommer ses propres représentations et ne fait qu'entretenir des discussions pourries... Çà pue du côté de Ton nom!

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